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ladécouvrir ainsi qu’elle est. On est donc bien fondé à parler de la vérité au singulier et en un sens absolu. La vérité est ce qui se reconnaît : on peut décliner cette idée selon diverses modalités (reconnaître une erreur, un crime, c’est dévoiler la vérité ; reconnaître c’est aussi constater
Etpourtant, sachant que la raison a ses limites mais que la croyance n’en a point, nous pouvons aisément en déduire que la croyance délimite la raison, c’est-à -dire que pour expliquer les fondements de la science par exemple, il faut croire à une vérité première.
Maisla recherche de la vĂ©ritĂ© n'est entreprise que par celui qui doute de ce qu'il sait, de ce qu'il croit savoir. Je sais que je ne sais rien disait Socrate et c'est pour cela qu'il cherchait, qu'il chassait la vĂ©ritĂ© et la justice. Sur ce point voir: l'aide N°33 Faut-il se mĂ©fier de l'amour? En ce sens douter ne serait pas renoncer Ă
Cependant ce changement de mentalité n'est pas arrivé seul, il a été produit, par une remise en cause du système, par le doute de ce qui était à l'époque une vérité démontrée. Nous pourrions donc nous arrêter là et en conclure que la remise en cause de certaines vérités démontrées est quelque chose de nécessaire, quelque chose de « bien » pour l'homme est pour
PourDescartes, le doute est à l’origine du protocole méthodologique de la recherche de la vérité, qui mène au fameux Cogito, « je doute donc je suis ». C’est ce qui lui permet, après avoir mis en œuvre un doute universel appliqué jusqu’à sa propre existence, d’admettre cette dernière comme vraie.
Site De Rencontre Totalement Gratuit Et Fiable. Comment défendre un Abrini ? Réponses en plaidoiries cet après-midi », tweetait jeudi matin Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris, une association de victimes des attentats du 13-Novembre. Un message révélateur de l’impression délétère laissée au cours de ce procès sur de nombreuses parties civiles par Mohamed Abrini – ses emportements, ses versions fluctuantes, ses saillies édifiantes, comme lorsqu’il compara les viols commis par le groupe Etat islamique à une politique message révélateur aussi de l’ampleur de la tâche attendant ses deux défenseurs, Me Marie Violleau et Me Stanislas Eskenazi, les procureurs du parquet antiterroristes ayant requis la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans à l’encontre du Belgo-Marocain de 37 ans, l’ami des frères Abdeslam, le voisin d’Abdelhamid Abaaoud, impliqué dans les préparatifs des attentats de Paris mais aussi l’homme au chapeau » de ceux de Zaventem en mars suite après la publicitéTrente ans plutôt que la perpétuitéComment défendre un Abrini ? Plutôt pas mal », serait-on tenté de répondre au terme de trois heures de plaidoiries devant une salle quasiment pleine. Chacun dans leur style, les deux avocats ont joué leur partition, exploitant au maximum les maigres cartes à leur disposition, insistant sur la personnalité de l’intéressé, ses conditions de détention. Ils ont fait leur propre réquisition, demandant une peine de trente ans pour leur client, une peine plus juste », selon eux. Marie Violleau le clame d’emblée Mohamed Abrini est coupable. Il va être condamné, on le sait. Son implication, il l’a reconnue. Elle n’est pas contestée, mais elle est circonscrite. »Elle déroule une plaidoirie très écrite, sans effet de manche mais sous-tendue du début à la fin par une même ligne de force et jalonnée ici et là d’une ironie aussi froide que mordante, notamment à l’encontre de certains confrères de la partie civile aimant trop les micros ou de chercheurs venus ou non témoigner à la barre Mesdames, messieurs de la cour, vous êtes mille fois plus compétents que ces gens-là . » Il ment parfois mais il dit aussi la vérité »En préambule, la jeune pénaliste aux longs cheveux châtain a tenté de contrecarrer l’image laissée par Mohamed Abrini, restaurateur le jour, cambrioleur la nuit ». Pas une mince affaire. Les deux mains constamment appuyées de part et d’autre du pupitre, l’avocate assène C’est l’incertitude. C’est le clair-obscur. Il parle mais trop peu. Il répond mais il s’arrête. C’est un poète. Il nous fait passer des petits papiers, parfois avec des poèmes. Mohamed Abrini n’est pas un soldat de l’Etat islamique. N’oubliez jamais qu’il n’a pas cessé de douter. Vous retiendrez que depuis le premier jour de sa garde à vue, il parle. Il ment parfois mais il dit aussi la vérité. »Mohamed Abrini, l’autre survivant du 13-Novembre qui avoue… mais déçoitL’avocate évoque ensuite les charges retenues pesant contre son client. Une bonne dizaine au total. Son voyage en Syrie, son retour en Angleterre, son passage dans les planques avant les attentats, sa rencontre avec Abaaoud, son rôle dans la location des appartements, des voitures, sa présence lors de l’achat des détonateurs… Elle demande à la cour d’écarter la moitié des suite après la publicitéSur la tombe de son frèreIl y a d’abord ce voyage en Syrie de juin 2015 alors qu’il sort à peine de prison. Mohamed Abrini dira avoir voulu aller se recueillir sur la tombe de son jeune frère, tué quelques mois plus tôt alors qu’il combattait dans la même brigade qu’Abdelhamid Abaaoud. Il est là le basculement, dans le départ et la mort du frère en Syrie. Ce départ [celui de Mohamed Abrini, NDLR], ça part d’un désespoir. Mohamed Abrini n’a pas combattu, il est resté dix jours sur place, ça ne suffit pas », explique l’ le chemin du retour vers la Belgique, Mohamed Abrini s’arrête plusieurs jours en Angleterre où il voyage entre Birmingham et Manchester. Sur place, il récupère de l’argent auprès de sympathisants de la cause selon les instructions d’Abaaoud. Il se balade aussi du côté d’Old Trafford, le stade de foot de Manchester United. En vue de repérages pour un possible attentat ? Pour moi, l’idée des repérages, c’est une aberration. Avant même qu’on lui pose des questions, un enquêteur a abandonné la thèse de ces repérages. »Après l’Angleterre, Mohamed Abrini aurait fait une nouvelle étape à Paris, cette fois-ci. Selon les enquêteurs, il aurait pu y rencontrer Reda Hame, un Français renvoyé de Syrie vers la France par Abdelhamid Abaaoud afin d’y perpétrer un attentat contre une salle de concert. On nous dit que Mohamed Abrini et Reda Hame bornent le même jour dans le même secteur, mais jamais ils ne déclencheront la même borne. Rien n’a été fait durant l’enquête pour confirmer cette rencontre », avance Me Violleau. Ici, on est au stade des preuves, pas des indices. »Celui qui a renoncéElle en vient ensuite au 12 novembre. Ce soir-là , veille des attentats, il est présent dans la planque de Bobigny. Au cours du procès, il a révélé qu’il aurait initialement dû faire partie des commandos avant de finalement renoncer. Ce n’est pas rien de renoncer à ce moment », avance son suite après la publicité Ce qui nous intéresse, c’est ce qui s’est passé dans sa tête. Il ne veut plus y aller. Il le formule ce soir-là à Abdelhamid Abaaoud. Ils le regardent tous et il se fait la malle. Vous ne pouvez pas oublier qu’il n’a jamais cessé de douter. »L’avocat ponctue sa plaidoirie par une dernière tirade inspirée sur la perpétuité La perpétuité, c’est enlever le morceau de ciel entre les barreaux et la cellule, c’est abaisser les plafonds des prisons pour qu’ils ne puissent jamais se tenir debout. »Emmanuel Carrère couvre le procès des attentats du 13-Novembre pour l’Obs »Stanislas Eskenazi, son confrère du barreau de Bruxelles, prend le relais. Il commence par s’excuser auprès de la cour Excusez-moi de l’appeler Mohamed [qu’il prononce en langue arabe, NDLR]. Après six ans, pour moi, c’est Mohamed, ce n’est pas monsieur Abrini. » Le ton de sa plaidoirie est donné, elle sera très avocat, spécialiste de la fiscalité, défend le Belgo-Marocain depuis le 8 avril 2016, premier jour de sa garde à vue. Il se souvient de leur rencontre. Je lui demande bêtement “Comment ça va ?” Il me répond “Je suis soulagé que ce soit fini” », raconte l’avocat belge, coupe en brosse, accent de Bruxelles, un sourire toujours accroché aux lèvres. Il connaît bien Molenbeek, d’où sont originaires plusieurs des membres de la cellule terroriste, pour y avoir lui-même vécu, fréquenté ses cafés et sûrement déjà croisé son client. En sortant un dé de sa robe, il explique On y joue, on y joue toute la journée. On ne s’y donne pas rendez-vous, on s’y croise. On fume à l’intérieur, même si c’est interdit. On fume du shit, même si c’est doublement interdit. On y achète parfois un GSM tombé du camion. On se soucie davantage du copain parti en prison que de sa victime. »La Belgique, record du nombre de départs pour le djihadEt l’avocat belge de poursuivre Il y a des quartiers et des ambiances qui prédisposaient à ce que le djihadisme prenne forme. Je n’entends pas justifier les attentats mais c’est une contextualisation. » Il cite ces écrans de télé toujours branchés sur Al-Jazeera et ses vidéos dignes de la propagande de Daech », cette vision binaire du monde eux » et nous » qui y règne. Molenbeek ce n’est pas un camp Rohingya et on y mange à notre faim, mais on doit essayer de comprendre pourquoi nous, Belges, détenons le record du nombre de départs par habitant en Europe. Il s’agit d’expliquer les choix », considère l’ suite après la publicitéComme sa consœur, il tient à rappeler que son client est celui qui a renoncé à commettre un attentat. Par deux fois. L’avocat raconte que sur les images de télésurveillance de l’aéroport de Zaventem, on le voit avoir une discussion animée avec les deux autres terroristes au point d’attirer l’attention de la police. Il sort de la file où il devait se faire exploser et c’est Bakraoui qui prend sa place. » Il prendra la fuite, abandonnant derrière lui son chariot bourré d’explosifs. J’ai entendu mes contradicteurs parler de la lâcheté de monsieur Abrini. La lâcheté, c’est ce qu’il y a de plus humain. C’est ce qui prouve que monsieur Abrini a les pieds ancrés dans le sol. »Pour finir, Me Eskenazi cite les mots prononcés par Abdelhamid Abaaoud après avoir appris qu’Abrini renonçait à faire partie des commandos du 13-Novembre Si tu n’y vas pas, tu finiras ta vie en prison. » Faites-le mentir, je vous en conjure », demande l’avocat à la cour. A ce moment-là , c’est moi qui serais soulagé. »
Avis du professeur C'est un sujet apparemment classique sur la vérité, mais qui demande évidemment qu'on s'interroge sur l'idée de renonciation, ce qui n'a rien de simple pour les élèves. LE SUJET ET SON CORRIGE Le sujet et le corrigé portant sur le Bac L - Peut-on renoncer à la vérité ? est en cours de publication. 2022 Copyright France-examen - Reproduction sur support électronique interdite
Le nihilisme est une théorie philosophique qui affirme l'absurdité de la vie, l’inexistence de la morale et de la vérité. On associe souvent, à tort, comme des corollaires, le pessimisme et le scepticisme au nihilisme. Car le vrai nihilisme consiste à ne croire en rien, à ne croire en aucune positivité. C’est Nietzsche qui a le premier pointé le nihilisme comme l’ennemi des civilisations modernes, l’accusant des ruiner les fondements de la morale. Histoire du nihilisme Nihilisme » vient du latin nihil, rien, ce qui n'existe pas. Le terme fait son apparition chez Tourgueniev chez lequel le nihilisme est utilisé pour décrire le scientisme brut. Ce terme apparaît en Russie fin 19è, et est connoté politiquement, associé à un mouvement révolutionnaire qui a rejeté l'autorité de l'État, de l’Église et de la famille. Bakounine, le penseur anarchiste, a déclaré la passion pour la destruction est aussi une passion créative! ». L’anarchisme est nihiliste car il refuse que l’autorité ait sa source dans la religion et l’Etat. Prônant une éthique de la subversion, le mouvement a fini par faire l’apologie du terrorisme politique. Avant le 19è siècle, le nihilisme prend ses racines dans le scepticisme antique. Parce qu'ils refusent la certitude, les sceptiques dénoncent les vérités aussi bien que les opinions. D’un point de vue épistémologique, le scepticisme conduit au nihilisme, à l’absence de possibilité de la vérité. Stirner est un des premiers philosophes nihilistes. Pour Stirner, la réalisation de la liberté individuelle est la seule loi, et l'Etat, qui met en péril la liberté, doit être détruit. Nietzsche et le nihilisme Pour la morale de Nietzsche, il n'y a pas d'ordre objectif dans le monde, sauf celui que nous lui donnons. Pour lui, le nihilisme demande un rejet radical de toutes les valeurs et de tout sens Le nihilisme est non seulement la croyance que tout mérite de périr, mais qu’il faut détruire ». Cette destruction du sens est une force destructrice dans l'histoire, source de la plus grande crise de l'humanité et du déclin de la culture européenne.
Résumé du document dissertation philosophique niveau Terminale Tout d'abord, pour l'opinion commune, douter est un choix permettant de renoncer à la vérité, vérité unique. Douter des vérités établies sans preuves c'est remettre en cause leur fondement, leur caractère de vérité absolue. Ensuite, pour les philosophes, douter n'est pas renoncer à la vérité car douter c'est rechercher la vérité, mettre en doute chaque vérité connue pour garder la plus juste des vérités car il n'existe pas une mais plusieurs vérités. Sommaire I Douter c'est renoncer à la vérité II Douter c'est faire de la vérité sa propre vérité Extraits [...] L'homme préfère douter que de se trouver face à la réalité, renonçant ainsi à la vérité. De plus, arrivé à un âge mûr, l'homme commence à se poser de nombreuses questions, à remettre en cause l'enseignement qu'on lui a apporté ainsi que les vérités léguées. Il s'effectue alors une remise en question de la plupart de ces vérités et il arrive souvent que cet homme ne soit pas d'accord avec ces vérités enseignées. C'est pourquoi, elle va renoncer à la vérité enseignée, celle de son enfance pour s'en réapproprier une autre. [...] [...] Douter, est-ce renoncer à la vérité ? Tout d'abord, pour l'opinion commune, douter est un choix permettant de renoncer à la vérité, vérité unique. Douter des vérités établies sans preuves c'est remettre en cause leur fondement, leur caractère de vérité absolue. Ensuite, pour les philosophes, douter n'est pas renoncer à la vérité car douter c'est rechercher la vérité, mettre en doute chaque vérité connue pour garder la plus juste des vérités car il n'existe pas une mais plusieurs vérités. Et, c'est simplement notre conscience qui choisit sa vérité, qui détient une idée comme sa vérité. [...] [...] Or, en dehors du domaine des sciences où tout est rigoureux, calculé, dans lequel il n'existe qu'une seule manière de démontrer telle ou telle chose, cela est souvent impossible car chacun pense différemment et n'aura pas la même croyance, opinion, idée qu'une autre personne. Chacun doute constamment par méfiance, il est ainsi naturel de tout remettre en question et de se réapproprier les vérités communes. On doute de la vérité tant qu'elle n'a pas été prouvée, démontrée. En doutant on renonce donc à la vérité proposée. En effet, le sceptique doute car il ne peut réussir à répondre à la question posée mais aussi parce qu'il a renoncé à trouver la vérité et donc finalement à la vérité elle-même. [...] [...] Après avoir démontré les opinions et choisit la vérité, l'homme est capable d'argument son choix. En effet, comme le dit Descartes Discours de la méthode les choses que nous concevons fort clairement et distinctement sont toutes vraies. Le doute, renoncement au dogmatisme, permet l'ouverture à la vérité. En conclusion, il existe deux sortes de doute le doute sceptique qui s'analyse comme un renoncement à la vérité, adopté par la doxa et le doute méthodique qui permet la recherche de la vérité par le refus temporaire des opinions, adopté par les philosophes. [...] [...] C'est donc la recherche de la vérité et non pas son renoncement qui amène le doute. C'est donc en doutant que l'on peut renoncer à la non-vérité et trouver la vérité. Ceci est illustré par le mythe de la caverne de Platon dans laquelle des hommes qui voyaient des ombres ont été trompés car ce qu'ils voyaient et qu'ils tenaient pour vrai n'était pas le réel mais simplement une apparence. Les sens nous induisent souvent en erreur nous donnant pour vraie une vision fausse de la réalité. [...]
Dans un grand livre sur l’éthique de la pensée, Pascal Engel se demande ce qu’il faut de plus au croire pour savoir. Il montre que les vices intellectuels consistent à ne pas reconnaître nos raisons et nos normes épistémiques, lesquelles sont autonomes par rapport aux raisons pratiques. Pascal Engel, Les vices du savoir. Essai d’éthique intellectuelle. Agone, 616 p., 26 € Dans le premier de ses grands livres consacrés à la logique ou, plus précisément, à la philosophie de la logique, La norme du vrai, il y a exactement trente ans, Pascal Engel accordait aux notions de vérité et de signification une place centrale. Il ne se contentait pas alors d’inventorier des formes, il se préoccupait avant tout d’analyser leurs conditions d’application au langage, à la pensée et à la réalité. Il n’est pas inexact, je crois, de dire que son nouvel ouvrage, d’une exceptionnelle densité et d’une admirable érudition, représente l’achèvement, certes provisoire, d’un programme de travail exploré dans d’autres travaux – notamment dans une importante synthèse, La vérité 1998, dans son dialogue avec Richard Rorty, À quoi bon la vérité ? 2005, dans sa ferme réfutation d’une épistémologie contextualiste et relativiste, Va savoir ! De la connaissance en général 2007, dans la savoureuse introduction aux principaux problèmes de la philosophie des sciences, Épistémologie pour une marquise 2011, et, enfin, dans Les lois de l’esprit 2012, qui, à travers une analyse des engagements fondamentaux de Julien Benda, proposait un riche portrait en creux de Pascal Engel. Si Les vices du savoir poursuit donc un projet d’une rare cohérence, on aurait cependant grandement tort de ne pas mesurer sa radicale nouveauté – nouveauté qui accentue le regret de l’absence d’un index nominum, dont l’auteur n’est évidemment pas responsable. Cette nouveauté réside dans l’élaboration des principes d’une éthique intellectuelle, autrement dit de normes pour la pensée, dont l’indépendance au regard de l’éthique en général et de l’épistémologie est fortement dégagée. Au-delà de cette construction théorique, Pascal Engel montre que s’opposer à la domination des puissants implique, pour la démocratie, une défense intransigeante de la notion de vérité. Normes et raisons du croire l’éthique première de la croyance Si l’autonomie de l’éthique intellectuelle constitue l’affirmation centrale du livre, la distinction entre ses deux niveaux est particulièrement heuristique. Le premier définit les conditions de la conformité et de la correction de la croyance. Pascal Engel défend l’évidentialisme, c’est-à -dire, dans la perspective de William Clifford, la thèse selon laquelle on doit toujours croire sur la base des preuves ou des données disponibles. Si l’auteur s’éloigne de la coloration moralisatrice que Clifford attachait à sa maxime, il ne refuse pas pour autant l’idée que certaines évaluations épistémiques ont une dimension éthique. Sa position défend conjointement l’idée de normes et de valeurs partiellement communes entre épistémologie et éthique et le refus de l’inclusion de la première dans la seconde. C’est l’un des enjeux de ce livre que de montrer la possibilité de la corrélation entre des domaines néanmoins indépendants. Pascal Engel refuse à la fois la coupure radicale entre éthique et épistémologie que propose le positivisme d’un côté la recherche du vrai, de l’autre celle du bonheur et du bien et l’unification des deux que proposent des conceptions eudémoniques, dont les conceptions aristotélicienne et chrétienne. Cette éthique première doit surmonter trois défis le problème normatif, le problème du volontarisme et le problème de la justification. Le premier porte sur la question de savoir si les évaluations dans le domaine cognitif doivent être envisagées en termes déontiques c’est-à -dire d’obligations ou en termes téléologiques c’est-à -dire de buts. Le deuxième, crucial à n’en pas douter, consiste à se demander si nous pouvons croire volontairement auquel cas nous serions responsables de nos croyances. Enfin, le troisième concerne les modalités de la justification épistémique peut-elle emprunter d’autres voies que celle des preuves ou des données qui l’étayent ?. Pascal Engel © D. R. Pascal Engel rejette l’idée qu’il puisse exister une acrasie épistémique une faiblesse de la volonté je crois ce que je ne devrais pas croire et défend corrélativement l’argument de la transparence, socle de l’évidentialisme normatif, selon lequel quand on se demande si l’on croit que P, on cherche spontanément à savoir si P est le cas », argument lié à deux propriétés de nos croyances, leur rationalité et l’autorité que nous avons sur la question de savoir quelles sont nos propres croyances ». En d’autres termes, la norme de vérité est la meilleure explication de cette transparence de la croyance à la vérité. Quant à la possible existence d’obligations épistémiques, malgré de nombreuses objections, soigneusement examinées, elle est dictée par la manière dont les normes régulent la délibération sur des croyances, même si ces obligations ne peuvent être assimilées à des prescriptions. Dès lors, la justification épistémique, quoi que puissent en penser les pragmatistes, ne peut faire l’économie de l’affirmation de normes épistémiques, telles que celles de vérité et de savoir. Il s’agit de normes constitutives qui déterminent donc un idéal, autrement dit ce que la croyance devrait être pour tout individu rationnel capable d’en avoir le concept ». Les croyances religieuses échappent-elles à ces contraintes ? Pascal Engel estime que l’on ne comprend pas la nature de la croyance si on est obnubilé par la question de la religion. Et, corrélativement, que l’on ne comprend pas bien la nature de la croyance religieuse si on la détache des divers modes et opérations de notre faculté doxastique. L’évidentialisme peut-il s’appliquer à ces contraintes ? Deux types d’objections peuvent être soulevés. Le premier, que Pascal Engel nomme différentialisme, consiste à affirmer que la croyance religieuse est distincte des croyances ordinaires qu’elles soient quotidiennes ou scientifiques. Le second, assimilationniste, soutient au contraire qu’il y a bien des choses en commun entre ces croyances mais, le plus souvent, refuse le mode de justification propre aux croyances ordinaires même si la variété des positions n’autorise guère cette généralisation. L’auteur s’intéresse essentiellement à cette seconde objection se soumet-elle vraiment à l’évidentialisme ? Dans la mesure où ce dernier est fondé sur le principe de transparence et de cohérence de la croyance, il défend l’exclusivité par rapport aux raisons pratiques des raisons épistémiques de croire on ne peut pas, au sens normatif, croire pour des raisons autres qu’épistémiques. En outre, il refuse la commensurabilité des raisons pratiques et épistémiques. Or l’assimilationniste fait appel à la confiance il se réfère souvent à des certitudes primitives », laquelle recourt légitimement à la raison pratique. Cette perspective doit beaucoup à la sociologie durkheimienne, qui relègue les croyances au second plan pour privilégier les pratiques. On ne saurait dès lors considérer qu’elle se soumet aux critères de l’évidentialisme puisqu’elle se soustrait à l’exigence de preuves et ne vise pas à déterminer en quoi nos croyances peuvent être des connaissances. Les raisons pratiques de croire, notamment fondées sur l’espoir ou la consolation, ne sont pas de bonnes » raisons et, en réalité, ne sont pas, du point de vue évidentialiste, des raisons du tout. À l’évidentialisme normatif, sorte de métaphysique des mœurs, pour utiliser un vocabulaire kantien, Engel adjoint une doctrine de la vertu, soit une éthique seconde de la croyance. Il faut souligner la distance entre l’idée aristotélicienne de vertu intellectuelle et cette éthique seconde, qui met en avant les notions stoïciennes de raison et de normes. Une théorie des vertus intellectuelles l’éthique seconde de la croyance L’évidentialisme normatif est compatible, selon l’auteur, avec l’idée qu’il peut y avoir une forme d’agir épistémique qui ne nous rende pas complètement irresponsables de nos croyances ». Reste à déterminer comment nous pouvons avoir une connaissance des normes, et des raisons de les accepter ou non. En d’autres termes, quelles peuvent être nos raisons de croire et quel lien entretiennent-elles avec nos raisons d’agir ? Le point de vue de Pascal Engel se construit contre le pragmatisme, du moins une certaine conception de celui-ci qui épargne Peirce, dont les thèses principales sont les suivantes 1. Une raison de croire peut être un motif pour une action thèse de la commensurabilité selon laquelle on est fondé à comparer les raisons de croire et les raisons d’agir et, corrélativement, à accepter que des raisons pratiques puissent l’emporter sur des raisons théoriques. 2. Les raisons d’agir étant fondamentalement constituées par des désirs, les croyances sont des instruments en vue d’une fin pratique. 3. Les normes et les valeurs sont des expressions de nos désirs et de nos buts. 4. Il ne peut exister de justification qui soit exclusivement épistémique. 5. La rationalité de nos actions comme de nos croyances est essentiellement déterminée par nos buts. 6. Croyances et jugements sont exclusivement des dispositions à l’action. 7. La vérité est une notion mince et non une notion métaphysique substantielle. À de nombreux égards, nous venons ci-dessus de résumer la vulgate philosophique dominante. Engel lui oppose une éthique dite seconde qui se préoccupe du passage des normes de la croyance à leur régulation dans l’enquête Être vertueux […] épistémiquement, c’est d’abord être respectueux des raisons et c’est ensuite être gouverné par les normes épistémiques dans ses enquêtes ». La vérité sortant du puits, par Jean-Léon Gérôme 1896 Il faut insister sur la conception de l’enquête défendue par l’auteur. Celui-ci a récemment, ici même [1], souligné la différence entre savoir et enquêter. Le pragmatisme privilégie l’enquête ou, plus précisément, le savoir comme enquête. Pour lui, la connaissance est apprentissage, processus, révision par l’expérience. Aucune certitude n’est ainsi à l’abri des révisions. Il existe pourtant une légitimité de l’enquête, dont on trouve le paradigme chez Descartes, qui ne sacrifie pas les normes à la description de la pratique il s’agit alors de donner des principes absolument certains et infaillibles sur lesquels fonder la science voir le chapitre consacré à Descartes. Pascal Engel l’écrivait dans son livre sur Benda La valeur de la science n’est pas dans ses résultats, lesquels peuvent faire le jeu du pire immoralisme, mais dans sa méthode, précisément parce qu’elle enseigne l’exercice de la raison au mépris de tout intérêt pratique [2] ». On ne peut donc accepter que les normes qui gouvernent nos descriptions du monde soient évaluées à l’aune de leur utilité sociale et non de leur relation à la vérité. C’est dans la perspective de cette recommandation que l’auteur se livre à un exercice réjouissant l’inventaire des vices intellectuels – dans le prologue, il se livre à un pastiche de Dante destiné à nous avertir qu’il va bel et bien parler de cet Enfer. Le vice épistémique peut être défini comme une insensibilité aux raisons ou aux normes. La liste est longue même si chacun des vices répertoriés ne subit pas le même sort la curiosité, la foutaise », le snobisme, le penser faux », la bêtise. On peut s’étonner de rencontrer la curiosité dans cet inventaire. Pourtant, elle peut être un vice lorsqu’elle oriente le désir de savoir et l’intérêt en dehors de tout objectif cognitif épistémique de connaissance, mais aussi quand le curieux n’a aucune idée de ce qu’il cherche ni de ce qu’il est important de chercher ». Il faut s’arrêter un instant sur la place réservée à la foutaise » ou bullshit. Si le menteur respecte la vérité et en observe les règles, le bullshitter n’en a cure. Il dit n’importe quoi, sans se soucier de savoir si c’est vrai ou faux. Donald Trump en est le parfait exemple, comme l’a montré Engel dans un travail antérieur [3]. Mais, au-delà , en nommant fake news toute vérité qui lui déplaît, Trump applique le critère pragmatiste de la vérité combiné au relativisme “Est vrai ce qui me plaît, faux ce qui me déplaît, mais vous êtes en droit de dire de même” [4] ». Ce cynisme est celui du postmodernisme pour lequel la vérité n’est qu’un mot et le savoir ne peut prétendre à l’objectivité. En renonçant aux idéaux de vérité, de justification et de connaissance objective, on se met directement entre les mains de ceux pour qui la vérité n’est plus qu’un colifichet inutile [5]”. Quant à la bêtise, Pascal Engel en distingue deux niveaux. Un niveau de base, portant sur les compétences et la rationalité ou plutôt l’absence de compétence et de rationalité de l’agent stupide, qui consiste en des dispositions cognitives n’étant pas sous le contrôle de l’agent ici déficientes, et un second niveau, réflexif, largement sous le contrôle de l’agent. Comme l’ont décrit des épistémologues de la vertu comme Ernest Sosa et John Greco, ce double niveau se reproduit pour toutes les vertus et les vices. C’est au second niveau qu’appartient le véritable vice intellectuel. On peut se demander si la sociologie des sciences contemporaines n’illustre pas à la perfection la plupart de ces vices. Mais nous aurions tort de minimiser la responsabilité de Michel Foucault, lequel entend bâtir une éthique de la vérité sans la vérité et une généalogie du savoir sans le savoir. Cette remarque critique est l’occasion de souligner que, contrairement à Foucault qui s’intéressait avant tout au savoir dans les sciences, tout particulièrement dans les sciences de l’homme, Pascal Engel, comme il l’avait fait dans Les lois de l’esprit, accorde à la littérature une importance déterminante dans l’ordre cognitif. Contre le constructivisme de la justification Héritière de Kuhn et de Feyerabend, la sociologie des sciences contemporaine attribue, dans l’explication des résultats scientifiques, une place prépondérante, pour ne pas dire unique, aux critères externes, c’est-à -dire au poids des logiques financières, politiques et technologiques. Elle adhère implicitement à l’idée que le chercheur est animé, pour l’essentiel, par des intérêts professionnels. S’il ne fait guère de doute que les scientifiques recherchent une rétribution de leurs travaux, il est plus difficile d’admettre qu’ils construisent une réalité en fonction de leurs convictions personnelles. Si seuls les facteurs de détermination externe jouaient un rôle, il serait difficile de décider quelles observations sont susceptibles de départager des théories scientifiques rivales. On en viendrait ainsi inéluctablement à identifier la vérité au consensus. Il est, au contraire, nécessaire de défendre l’idée que la vérité est une norme Elle est ce que visent nos enquêtes et elle est liée, conceptuellement, de manière essentielle à des notions aussi fondamentales que celles de croyance et de connaissance [6] ». Il est impossible de fournir une théorie de la justification de nos croyances sans faire appel à la notion de vérité, qui est par conséquent une norme épistémique inéliminable [7] ». Pourtant, la position sceptique, qui menace la notion même de valeur épistémique », est, sous l’influence des philosophes du soupçon, la philosophie spontanée de notre temps. La responsabilité de Foucault dans cette funeste orientation n’est pas douteuse. S’il convient de ne pas sous-estimer l’apport de ce dernier dans le domaine de l’archéologie des connaissances, c’est-à -dire dans celui des conditions de production des discours sur la sexualité, la folie ou la prison, on ne doit précisément pas confondre ces questions des conditions d’existence du savoir avec celles, spécifiques à l’épistémologie, qui en déterminent les conditions de vérité. Dans un entretien de 1977, Foucault affirme que la vérité » est liée circulairement à des systèmes de pouvoir qui la produisent et la soutiennent, et à des effets de pouvoir qu’elle induit et qui la reconduisent. Régime » de la vérité [8] ». Dès lors, ce ne sont pas les faits qui nous contraignent mais le régime de vérité » de la société à laquelle nous appartenons. Ce raisonnement est idéal-typique du constructivisme de la justification. Dans l’ épistémologie » de Foucault, il n’existe aucune place pour la distinction entre être vrai et être tenu pour vrai. Il est pourtant essentiel de ne pas confondre, comme le souligne Jacques Bouveresse, le caractère historiquement déterminé des moyens dont nous disposons pour décider si une proposition est vraie ou fausse avec la vérité ou la fausseté de la proposition, qui peut très bien être déterminée sans que nous y soyons pour quelque chose [9] ». Nous sommes donc pleinement d’accord avec Engel lorsque, contre la notion de régime de vérité », il évoque le triangle assertion-vérité-croyance, qui, précise-t-il, n’est pas une configuration sociale particulière, produit de conventions, mais la situation de base, celle qui détermine les autres et en est la condition ». Il poursuit Les usages de ce triangle peuvent changer les gens peuvent désirer la vérité et la connaissance, ou la mépriser. […] Mais quoi qu’ils fassent, ce système est en place ». Engel l’avait rappelé dans un ouvrage antérieur Valoriser la vérité, ce n’est pas vouloir croire ce qu’il est utile ou intéressant de croire, c’est valoriser une norme qui est capable de transcender ces intérêts [10] ». Il n’existe cependant nulle obligation de dire ou de croire ce qui est vrai. Ce qui est exigé ne relève pas de la morale. Il s’agit seulement d’accepter, mais c’est essentiel, que le vrai puisse être la norme de nos pratiques discursives, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les sciences [11] ». Il est certainement plus aisé de défendre les valeurs de solidarité, de tolérance ou de liberté si l’on attribue à la vérité, plutôt qu’une valeur instrumentale, une valeur substantielle. On pourrait même craindre que l’abandon de la distinction entre justification et vérité conduise inéluctablement à la disparition de cette dernière. On voit mal ce que la démocratie aurait à y gagner. En revanche, nous voyons parfaitement l’immense intérêt de ce livre décisif. Pascal Engel, Savoir et enquêter », En attendant Nadeau, juillet 2019. Pascal Engel, Les lois de l’esprit, Ithaque, 2012, p. 136-137. Pascal Engel, La leçon de philosophie du président Trump », AOC, 8-1-2019 Ibid. Entretien avec Pascal Engel à lire en suivant ce lien. Pascal Engel, La vérité, Hatier, 1998, p. 75. Ibid., p. 78. Entretien avec Michel Foucault », in Dits et écrits, Gallimard, 1994-2001, p. 160. Un régime de vérité » est constitué par un système épistémique les règles de justification des énoncés et par les dispositifs de pouvoir dans lesquels il s’inscrit. Jacques Bouveresse, L’objectivité, la connaissance et le pouvoir » in Didier Éribon dir., L’infréquentable Michel Foucault, EPEL, 2001, p. 141. Pascal Engel, La vérité, op. cit., p. 78. Pascal Engel et Richard Rorty, À quoi bon la vérité ?, Grasset, 2005, p. 42. Tous les articles du n° 86 d’En attendant Nadeau
douter est ce renoncer à la vérité